L'épigénétique, késako ? - Part 1

December 19, 2018

Si on s’en réfère à la stricte définition, l’épigénétique est la science qui concerne les modifications transmissibles et réversibles de l’expression des gènes sans modification de l’ADN. Quelle réalité pratique peut donc bien recouvrir cette mystérieuse définition, et quelle peut bien être son impact sur notre santé ?

 

Que le mode de vie influence la santé est devenu un lieu commun, souvent entendu et repris par les médias. N’importe qui est capable de se douter que fumer, se nourrir de fast-food et passer son temps devant la télé ou l’ordinateur ne sont pas des comportements très sains. Ces évidences, longtemps restées purement empiriques, mais largement admises par tous, sont en train d’être confirmées par des recherches auxquelles des scientifiques du monde entier se sont attelés.

 

 

Des questions en suspens

 

Beaucoup pensent que leurs gènes décident pour eux et que les maladies qui les attendent y sont inscrites inéluctablement. Qui ne connaît pas de familles où les hommes décèdent prématurément d’un infarctus du myocarde, de familles de centenaires ou de ces femmes obèses de mère en fille… Injuste loterie, véritable prison génétique dont il serait impossible de sortir ? Pas si sûr ! Car il semble bien que tout ne soit pas écrit dans nos gènes.

 

Il est intéressant de revenir sur le moment clé de la découverte, en 2003, de la séquence quasi complète des trois milliards de lettres codant l’ADN humain. Malgré ce travail colossal de près de treize ans, le Human Genome Project a laissé beaucoup de questions sans réponse : 99 % de gènes communs, mais tant de différences entre le singe et l’homme ; de vrais jumeaux avec le même patrimoine génétique, mais qui développent des maladies différentes à l’âge adulte… De même, les études de migrants ont apporté des arguments très importants, car la fréquence des cancers dans les populations migrant d’un pays à faible fréquence vers un pays à forte fréquence augmente progressivement pour atteindre peu à peu celle du pays d’accueil (exemple : le cancer du sein et la deuxième génération d’immigrées chinoises aux États-Unis).

 

L’identification des quelque 20 000 à 30 000 gènes humains a permis de réaliser que seuls 2 % de notre ADN codent pour les protéines dont nos cellules ont besoin pour fonctionner, chacune ayant une fonction particulière (enzyme, anti-corps, hémoglobine…). Les scientifiques ne savaient pas alors à quoi servaient les 98 % restants, certains ayant même insinué qu’ils étaient inutiles en les surnommant « ADN poubelle ».Or ces gènes inactifs peuvent être mis en route en fonction de modifications de notre mode de vie qui va pouvoir les mettre en mode »off » ou « on ».L’expression ou la non-expression des gènes étant susceptible de se transmettre d’une génération à l’autre.

 

Pour illustrer ce phénomène, on rapporte que pendant la Seconde Guerre mondiale, un petit village des Pays-Bas a été assiégé par les Allemands, et ses habitants soumis à une famine telle qu’ils ne consommaient pas plus de 500 calories par jour. Les femmes enceintes étaient bien sûr soumises aux mêmes restrictions. Quand le siège a été levé, personne n’a été surpris que ces femmes donnent le jour à des enfants de petits poids. Ils ont par la suite rattrapé leur retard pondéral, grandi dans l’abondance de l’après-guerre, mais des années plus tard, quand ils sont devenus parents, leurs enfants avaient aussi un petit poids à terme ! En clair, le « climat » nutritionnel de la période périconceptionnelle a activé un gène à l’origine de ce sous-poids, qui s’est transmis à la descendance…Notons ici que l’intervention des mécanismes biochimiques qui président à cette fonction d’« interrupteurs » n’est pas prédéterminée, mais qu’elle peut être influencée par l’environnement et les expériences de chacun.

 

 

Agir sur son mode de vie

 

Suite à cette découverte, la recherche médicale s’est tournée vers l’étude du mode de vie pour démontrer que c’est bien sous l’effet de l’alimentation, de l’activité physique, du sommeil, des émotions et des pollutions que s’accumulent des marques épigénétiques sur le génome, avec leurs conséquences, bonnes ou mauvaises.

 

La vitamine D est connue pour ses nombreux bienfaits sur la santé, au point que l’on se demande comment il est possible qu’une simple vitamine (qui est en fait une prohormone) puisse diminuer le risque d’une quinzaine de cancers de manière très significative, d’infections, de maladies auto-immunes, en particulier de la sclérose en plaques, de fracture osseuse, de dépression et de suicide. Des chercheurs viennent de mettre en évidence de nouveaux éléments qui montrent que la vitamine D régule de manière directe certains gènes de signalement du système immunitaire inné et des molécules impliquées dans les phénomènes inflammatoires (par exemple en cas de fièvre, d’arthrose ou de maladie chronique). La vitamine D semble également activer les voies de signalement d’éléments directement impliqués dans la genèse des maladies auto-immunes.

 

Les cellules adipeuses, elles, contiennent des gènes qui, lorsqu’ils s’expriment, favorisent de nombreuses maladies telles que le diabète et l’obésité. Des chercheurs suédois ont cherché à savoir si l’on pouvait modifier favorablement, grâce à la pratique régulière d’un sport, l’expression des gènes des cellules adipeuses. Les résultats confirment l’amélioration attendue : l’exercice physique, à raison de deux séances par semaine, peut modifier l’expression de 7 000 gènes contenus dans les cellules adipeuses d’hommes d’âge moyen, ce qui s’accompagne d’une réduction du rapport taille-hanches, d’une amélioration de la condition physique et d’une diminution de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque.

 

L’alimentation joue également un rôle fondamental, car l’optimisation du contenu de l’assiette est capable, en apportant certains aliments (protéines riches en méthionine, aliments riches en bétaïne, vitamines B9, B6, B12, B2, zinc) d’agir sur les interrupteurs de nos gènes et de les actionner en faveur de la santé.
 

Découvrez la suite dans notre prochain article...

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